samedi 16 mai 2015

En poursuivant « La flûte des vertèbres » de Vladimir Maïakovski, 1915.-Guy Kauffmann

Mais l’homme avec son âme, ses lèvres, ses os n’est que le creuset vain de nos espoirs fracassés, et ces phrases qui tourbillonnent au bout de nos langues gonflées, déchirées d’avoir supporté tant d’errance et de mensonge, titubent et s’effondrent au bord des chemins de pensée. Il y a cependant derrière nos lèvres carmin, tâchées des fruits gorgés d’étoiles de nos amours déçus, comme une litanie de revolvers chargés, ces armes qui sont entre deux cris, deux baisers et deux vies, capables de faire exploser les mots, convulser les vivants et ramener les morts de l’horizon qui file.
Il nous faut arracher le désir de nos cœurs fétides, pour le contempler, flétri, pantelant, et le laisser crever. Et puis, il faut dormir, comme ils disent, car la mer est l’ultime recours, la matrice éternelle où tu ne viendras plus me poursuivre, faite de dix mille petites morts, jusqu’à la dernière, au bord de la transe glacée, de la voie bleutée qui mène là où tous les parfums se mêlent, où la mémoire se diffuse, où l’être se brise en une heure si pleine qu’elle ne sonne plus à aucune horloge.

Je regarde mes doigts qui me font comme un tas de chair rance cueillie sous la rosée, et la sueur qui coule dans mes cheveux épars me rappelle nos années d’amours banales, quand nos regards s’étreignaient vainement, quand la peau de ta hanche douce comme la cire glissait sur ma bouche, mais il ne faut pas que tu m’écrives, il ne faut pas jurer que tu m’aimes peut-être, car je sais que tu ne reviendras pas, je l’ai lu dans le reflet tremblant de tes cils d’argent, laisse moi à mon ivresse solitaire , laisse moi mordre le temps au rythme de mon pouls qui, lentement, s’essouffle.

lundi 30 mars 2015

RAPPORT DE MER DU COMMANDANT EN SECOND DU NAVIRE L'AFRIQUE- 1920- GUY MAURIN-

(Rapport archivé au service historique de la marine de Rochefort.)
Je soussigné COREE Eugène, capitaine au Long cours, inscrit à Dieppe N°40 remplissant à bord du paquebot AFRIQUE de la Compagnie des Chargeurs Réunis, les fonctions de 2° capitaine, certifie ce qui suit.



Le 9 Janvier 1920 vers 19h00, nous avons quitté Bordeaux sous la conduite du pilote, le navire en bon ordre et en parfait état de navigabilité.
Peu de vue, jusqu'au Verdon. Arrivé en ce point à minuit et mouillé.
Le 10 Janvier 1920 à 7h30' matin appareillé du Verdon et fait route vers la haute mer sous la conduite du Commandant. Passé la Mauvaise sans incident et mis la route à 9h au S.70 W. du monde Mer assez grosse de l'W.S.W. avec temps à grains.
Le même jour vers 10h00, le chef mécanicien vint prévenir le Commandant qu'une certaine quantité d'eau se trouvait dans les cales de chaufferie. Il demandait en même temps de faire une route qui diminue le roulis. Le Commandant fit mettre la route debout à la mer et lui ordonne de diminuer l'allure des machines afin de ne pas fatiguer le navire ce qui fut fait aussitôt. A ce moment la hauteur de l'eau dans les chaufferies ne pouvait faire croire à une voie d'eau. La brise fraichissait toujours, le navire se comportait assez bien. Les pompes mises en route fonctionnaient normalement.
Dans la soirée, la brise fraichit graduellement et la mer devient beaucoup plus dure. Vers minuit les pompes n'étaient pas parvenues à épuiser l'eau, au contraire elle avait gagné sensiblement et dans les coups de roulis assez violents, plusieurs plaques de parquets des chaufferies avaient été enlevées.
A minuit, il fut décidé après une délibération de l'équipage de faire route sur La Pallice.
Effectué une première manoeuvre sur Babord qui ne réussit pas. Tenté une deuxième manoeuvre sur tribord qui nous amené vent AR et à peu près à la route indiquée soit le N.45 E. environ.
A ce moment, redressé la barre pour rencontrer. Malheureusement le servo-moteur ne fonctionne plus et le navire dépasse le vent AR pour reprendre le vent de travers de la partie Babord. Pendant ce temps le servo-moteur se remet en route et tenté plusieurs manoeuvres pour essayer de remettre le cap sur La Pallice. Tout fut inutile, le navire est retombé vent de travers, le vent et la mer de la partie babord. Il était à ce moment environ 5h du matin le 11.
La navire avait pris une bande plus accentuée, le tempête s'était transformée en ouragan. A 7h du matin le Commandant lançait des appels de secours à Bordeaux et à Rochefort. Vers 7h30' la machine tribord stoppe, les chaudières tribord sont éteintes par l'eau. Nous continuons notre route entre le Nord et le N.W. avec la machine babord au ralenti, car la pression est insuffisante, l'arrivée du charbon aux chaudières se faisant difficilement.
Vers 9h, un radio du CEYLAN nous annonce qu'il se porte à notre secours. Un 2° radio de Rochefort nous informe que deux remorqueurs quitteront ce port vers 10h et se porteront à notre secours.
Le navire se comporte assez bien, quelques coups de roulis assez violents par instants.
Les pompes toujours en route n'arrivent pas à étaler la voie d'eau que nous n'avons pu trouver.
Durant les faits sités plus haut, lorsque nousnous sommes aperçs qu'une voie d'eau pouvait exister, nous avons visité tous les sabords de charge, portière de charbon. Aucune arrivée d'eau de ce côté. Les arrivées et refoulements d'eau sur la coque furent soigneusement visitées. Tout était parfaitement étanche. Fait également sonder aux différents cales. Les sondes n'accusèrent pas d'eau. Le même jour vers 14h, nous sommes avisés que les remorqueurs envoyés à notre secours étaient restés à l'Ile d'Aix vu l'état de la mer. Vers 15h30' un radio du Ceylan nous annonçait qu'il devait nous trouver à 5 milles dans l'Ouest de sa position, à la lecture de ce radio, je jetais mes regards vers l'Est et aperçu dans la brumaille le CEYLAN qui faisait route sur nous. Pendant ce temps nous avons fait sonder à 10 minutes d'intervalles, les sondes accusaient 146 mètres, une 1ère fois et 140 mètres une 2° fois. La position à ce moment donnée par les radio-gonomètres nous mettaient par des fonds de 114 mètres.
Pris contact avec le CEYLAN, qui nous propose de nous donner la remorque, il était environ 16h. Le capitaine de L'AFRIQUE répondit au CEYLAN qu'il lui paraissait impossible d'exécuter cette opération vu l'état de la mer et l'on demandait de le convoyer ce qui fut fait.
Vers 18h le 11, la machine babord ralentit et stoppa par manque de pression. Les chauffeurs ont de l'eau jusqu'au ventre et l'approvisionnement des chaudières babord en charbon est presque impossible. Tous les efforts pour faire remonter la pression sont déployés. Nous nous trouvons à ce moment par le travers et au vent à environ 7 à 8 milles du bateau feu de Rochebonne.
A 19h, la pression était de cinq kilos et demi tenté de nouveau de mettre la machine babord en route afin de nous faire parer Rochebonne. Nos essais restèrent infructueux et les chauffeurs ne pouvaient plus tenir ayant de l'eau jusqu'aux épaules, durent abandonner.
J'étais à ce moment dans les machines et chaufferies et constatais que tout devenait inutile, et qu'il ne restait plus qu'à évacuer les machine et chaufferies.
La dernière dynamo en marche stoppa et l'évacuation fut décidée. Il était environ 20h.
Le navire travers à la lame se comportait assez bien quoi qu'ayant une forte bande sur tribord. Poussé par le vent et la mer de l'Ouest nous étions drossés sur le plateau de Rochebonne.
Nous étions à peu près certains de parer les hauts fonds. Malheureusement la fatalité nous poussa sur le bateau-feu que nous abordons vers 22h par tribord devant et par le travers de la cale II.
Le ponton évité debout vint donner plusieurs fois dans notre coque. Enfin au bout de 7 à 9 minutes, il se dégagea par l'avant.
Immédiatement nous nous sommes portés sur l'avant et avons constaté une forte voie d'eau dans les aménagements des 3° classes. Devant l'impossibilité de l'aveugler, fait évacuer les passagers et le personnel et fermé toutes les portes étanches de ces différents compartiments. Terminé à 23h30' environ.
A noter que vers 20h, lorsque les machines furent stoppées, le commandant me donne l'ordre d'informer les passagers de toutes classes et le personnel d'avoir à capeler leurs gilets de sauvetage et d'être prêts à toute éventualité.
Enfin à minuit, le capitaine jugeant la situation plus critique, la bande devenant inquiètante, décida de mettre au poste d'abandon.
Il fut décidé que l'on lancerait premièrement les embarcations du vent. Nous ne pumes lancer le canot N°6 qui reste sur le pont, nous lançons successivement le canot N°2 et le canot N°4.
Le canot 2 lancé avec 2 hommes d'équipage, le capitaine m'ordonna de faire embarquer les femmes et les enfants. Les échelles étaient le long du bord. Une femme avait déja descendu une dizaine de marches, losque sous l'effet du remous produit par un coup de roulis de L'AFRIQUE, l'embarcation fut projetée à 30 mètres de distance, casse sa bosse et part en dérive.
Le canot 4 subit le même sort avec deux hommes d'équipage.
La gite devenant de plus en plus forte nous décidons de lancer les embarcations de tribord.
Le canot 1 est lancé, pris par la mer il est emporté avant que quelques hommes aient pu prendre place dedans. D'ailleurs les passagers refusent d'embarquer et se dirigent tous vers les passerelles.
Nous lançons le canot 3 qui est emporté avec quelques hommes. Il nous reste le canot 5 qui est mis à la mer après bien du mal.
Dans ce canot, avant dêtre lancé avaient pris place deux seconds-maîtres de la marine et un passager civil, plus deux hommes d'équipage.
Ce canot est mis àla mer vers 2h30' le 12.
Le 2° lieutenant, le maître d'équipage, un mousse réussissent à embarquer du pont promenade.
N'ayant plus rien à faire sur le pont des embarcations, les saisines des radeaux ayant été coupées, je me décidai à rejoindre le capitaine qui se trouvait au milieu des passagers.
Je passai par le pont promenade, la lisse de ce pont était dans l'eau.
A ce moment, je fus aperçu par le 2° lieutenant qui montait le canot 5 et qui ne pouvait parvenir à s'écarter du navire. Il me cria, venez donc, vous n'avez plus rien à faire. En effet voyant que le navire sur le point de s'engloutir, je me jetai sur un palan d'embarcation et de là dans le canot.
Nous avons lutté environ pendant 20' pour nous écarter du navire, le canot étant projeté par le remous de l'AFRIQUE à 20 mètres de distance et sucé quand le navire se redressait.
Enfin après 20' d'efforts nous doublons l'AV du navire et pouvons nous écarter. Il était environ 3h du matin.
Nous mouillons une ancre flottante pour rester sur les lieux du naufrage. Vers 3h20' j'essaie d'apercevoir l'AFRIQUE mais je ne vois plus rien. La grosse mer nous empêche de manoeuvrer. Nous restons dans cette situation jusqu'à 7h du matin. Heure à laquelle nous décidons de faire route à terre. Hissons une voile de fortune et à 16h30' le même jour nous accostons terre au Goulet près St Vincent sur Jard.
Dans ces tristes circonstances, je ne peux que louer la conduite du Commandant LE DU qui avait conserver tout son calme et tout son sang froid.
La conduite des officiers et de l'équipage fut admirable notamment celle du maître d'équipage et du charpentier.
Admirable aussi la conduite des passagers qui fut toute de résignation.
Je me permets de faire remarquer à la fin de ce rapport que s'il y eut autant de victimes parmi les passagers et l'équipage, c'est que le temps était affreux et la mer démontée. Seuls quelques hommes courageux et risquant le tout pour le tout ont réussi à se sauver.

En foi de quoi j'ai dressé le présent rapport pour valoir ce que de raison.

La Rochelle, le 16 Janvier 1920
signé : COREE

GUY MAURIN






lundi 12 janvier 2015

Exercices de style- Guy Maurin

Exercice de l'atelier d'écriture : composez une lettre d’amour à quelqu’un qui vient de vous êtes présenté, ou que vous côtoyez depuis longtemps, ou de manière poétique etc….

Lettre d’un greffier à sa dulcinée.

En préambule à cette déclaration, il convient de situer nos références dans le cadre de l’expression des sentiments telle que nos prédécesseurs ancestraux l’ont déjà formulée.
C’est pourquoi se pose en première approche l’évènement qui fit la rencontre de nos êtres lors de la collision de nos véhicules, rapportée dans le constat n° 113061B du 23 juillet 2014.
S’ensuivit une démarche commune, simultanée, concomitante au sens sentimental des termes et de l’article P614 alinéa b) du code de psychologie cognitive, et dans le respect des principes moraux et légaux en vigueur dans notre conception de vie.
C’est ainsi que, constatant un rapprochement certain entre nos parties, mais issu  non de l’état incontrôlé de quelqu’instinct  ayant fait antérieurement l’objet des études médicales, philosophiques voire empiriques, je te propose la conclusion entre nous de l’affaire par acte circonstancié et volontaire auquel nous souscrirons par volonté propre et en pleine conscience.
Fait à                                       le
Mention manuscrite obligatoire : « je déclare être en pleine possession de mes facultés ».
Lu et approuvé


§§§§§§§§§§§§§§§§§

Composez des phrases de type ironie, humour, auto-dérision.
·         L’autonomie chez la femme, c’est pouvoir s’appuyer sur l’homme sans le lui demander.

·         Se jeter aux pieds d’une femme permet parfois de s’élever au 7e ciel.




vendredi 28 novembre 2014

Le PLOP- Guy Kauffmann

Au début, le Plop était invisible. 
Il venait de si loin. Sa capture avait demandé tant d’efforts. Elle faisait la une des gazettes. « Ils sont revenus avec le Plop ». « Le Plop, ce n’était pas un mythe ». « Le Plop est parmi nous ».

On aurait pu croire que l’intérêt pour le Plop allait diminuer avec le temps. Que nenni ! Chaque jour, devant le zoo, la foule se faisait de plus en plus importante. Et la foule réclamait : « Nous voulons voir le Plop », « Le Plop a été capturé grâce à nos impôts », « Le Plop appartient au peuple ».

Le troisième jour, le directeur du zoo se vit contraint de parler à la foule. Il dit que le Plop était fragile, qu’il devait s’accoutumer à ses nouvelles conditions de vie, quant à l’apprivoiser cela semblait, au vu de son état sauvage, presque inimaginable ! La foule était partagée. Deux clans se formèrent rapidement. Le premier criait : « Nous voulons voir le Plop », « Plop je t’aime ». Le second hurlait : « Relâchez ce pauvre Plop », « Liberté pour le Plop ».

La querelle fit remonter le Plop en haut des tribunes des gazettes. 
C’était : « L’affaire du Plop ». Les experts ratiocinaient dans les médias. Les repas de famille tournaient à la querelle dès que la question du Plop venait sur la table. Lors d’un conseil, les ministres en vinrent aux mains. Le pays était au bord de la guerre civile.

Alors, le Président se montra dans l’étrange lucarne. On fit silence partout dans le pays. Il dit : « Mes chers concitoyens, j’ai une très triste nouvelle à vous annoncer. Le Plop n’a pas pu s’acclimater aux conditions de vie de notre beau pays. Il est décédé cette nuit ». Il annonça ensuite une semaine de deuil national et présenta la démission de son gouvernement.


A la fin, le Plop était toujours resté invisible.


lundi 24 novembre 2014

Comment j'écris- Arlette Millard

Mais moi je n’écris pas pour la postérité,
Je cherche longuement le mot qui dit la chose
Sentie confusément sans savoir la nommer,
Je peste, je transpire, je marche, je me pose.

Lorsque je l’ai chopé, un pur bonheur me vient,
Je vois le paradis qui m’ouvre enfin ses portes,
C’est lui que je voulais, il est là, je le tiens,
Ah que je suis bien aise ! Le roi est mon cousin !

Mais je me moque bien qu’après mes funérailles
Un inconnu, lisant mes oeuvres inédites
Les parcourt en tremblant ou devant elles baille
Lorsque je me torture à trouver rime à dites.

Arlette Millard


Le repas de Grégoire- J.Ph. Ricard

Grégoire, séduit par une touffe de luzerne fort verte et fort appétissante, s’écarta du troupeau pour goûter ce délice. Levant le nez alors qu’il mâchonnait encore, il vit s’étaler plus loin tout un tapis de la même herbe
“Quel bonheur“ se dit-il “tout un festin préparé pour moi !“. Bêlant de joie, il courut vers la luzerne, s’y roula et brouta tout son saoul, jusqu’à ce qu’un grondement sourd lui fasse lever la tête : devant lui, un mouton d’une espèce inconnue le regardait fixement.
“Quelle belle toison grise tu as“ dit Grégoire au nouveau venu. “Partage mon repas, si tu veux“. L’autre ne répondit rien. “C’est de bon cœur, vas-y, je vois bien que tu te lèches les babines“. D’autres grondements lui répondirent, venant de tous les côtés. Grégoire se retourne, ils sont dix, quinze peut-être, ces drôles de moutons gris, aux oreilles pointues et aux poils plus rêches que sa toison. “Oh, mais vous êtes nombreux, faites bien attention de partager, tout le monde doit avoir sa part !“.
Le cercle des moutons gris se resserra autour de Grégoire “Bonjour, bonjour à tous, je suis heureux de vous avoir rencontrés…“ Soudain Grégoire se rendit compte que son troupeau à lui, sa famille, n’apparaissait plus nulle part dans le paysage “Avez-vous vu mon troupeau, dites ? Des moutons blancs, comme moi ?“ Les grondements se firent ricanements : “Ah, c’est un jeu ? Je veux bien jouer avec vous, mais pas trop longtemps, je dois rentrer – Ah, mais vous m’étouffez, ce n’est pas la peine, je n’ai pas froid… “.
Fort tendrement, les loups l’embrassèrent, le mordillèrent, puis le déchiquetèrent gaiement, et chacun emporta un morceau de ce bon Grégoire en souvenir de cette belle rencontre.

J.Ph. Ricard


mercredi 19 novembre 2014

Au nom de la prose- Gillou Stick

Au nom de la prose
Je m’exprime ;
Au nom de la rime
Je m’expose ;

Au nom de la prose
Je m’implique ;
Au nom des « Stick »
Je m’impose ;

Au nom de la prose
Je m’évertue ;
Au nom de la rue
Je m’interpose ;

Au nom de la prose
Je m’investis ;
Au nom de la vie
Je m’indispose ;

Au nom de la prose
J’ai fait au mieux ;
Oh nom de Dieu
Je me repose.


Gillou Stick



lundi 17 novembre 2014

Expression ... "détour-nez" par Véronique Masson

Expressions françaises à détourner.
Avoir quelqu'un dans le nez.
J'avais le patron dans le nez. Dans les deux narines. Je n'arrivais plus à le sentir. Pourtant, soigné, propre, pomponné et bien mis, parfumé d'after shave Guerlain, le boss.
Mais je l'avais dans le nez depuis qu'il m'avait fait sentir que je n'étais pas au parfum de la boîte. Je n'étais plus en odeur de sainteté.
Et pourtant! Si vous saviez! Dès mon embauche, j'avais été mise au parfum. Ici, pas question de renifler, d'être enrhumé, de se moucher. 
Je n'ai pas senti venir le coup puisque, très vite, j'ai eu le patron dans le nez.Bouchée j'étais. Il me ressortait par les trous de nez, ce type. J'étouffais, moi qui ne respire que par le nez. 
Imaginez un peu.
Il me menait par le bout du nez!
Alors, quand j'ai chopé une rhinot, on m'a viré. 
Depuis, j'ai le nez qui coule... de chagrin.
Véronique, le 28 juin 2014


Courrier du coeur- Véronique Masson

Voici la réponse au courrier du cœur tenu par Berthe dans un grand journal.

Il s'agit ici d'une piquante brunette, raffinée et sensuelle de 72 ans, liée à un charmant garçon de 29 ans. Celui-ci lui reproche, gentiment, de ne pas s'habiller "assez jeune". 

Chère Berthe,
Si c'est le seul reproche que vous fait votre Jacques, votre couple se porte bien, je vous rassure.
La tenue vestimentaire est certes importante, mais, dans l'entente intime d'un couple, pas essentielle, vous me comprenez?
J'aurais un seul conseil à vous donner, celui de pousser Jacques à s'habiller moins jeune.
Offrez-lui un costume trois pièces, des cravates, des bretelles et des jarretières pour tenir ses chaussettes.
Ainsi, l'équilibre entre vous se rétablira et vous pourrez porter vos tailleurs, vos voilettes et vos gants de pécari.
Cette jeunesse actuelle qui se déguise de jeans troués et tombants, de grosses chaussures ou de bottes d'égoutiers, de tee-shirts informes, non, ce n'est ni pour vous, ni pour votre Jacques.

Faîtes-le lui comprendre avec la délicatesse que je pressens dans votre courrier.
Véronique, le 18 octobre 2014


vendredi 14 novembre 2014

En regardant un tableau de Rembrandt- Guy Kauffmann

À quoi penses-tu vieil homme effondré sous le poids de cet escalier sans fin, qui est le labyrinthe anthracite de la noirceur qui suinte le long de tes lourdes pensées, accrochées, éventrées sur le vélin de ce livre vain, que tes yeux embués de larmes d'impuissance contemplent d’ inanité ?

Serre bien tes mains aux phalanges asséchées, vieillard flétri par une vie que tu n'as jamais chérie, à la lumière chiche du jour qui agonise, tu t'effondres avec un soupir chuintant sous les tissus empesés, mordorés de ta robe d'apparat qui ne distrait plus la morne servante du feu flageolant de ton âtre, qui agite d'un poignet  hoquetant les braises mal éteintes d'une flamme qui n'a jamais vraiment été soleil, car l’innommé va être libéré, il va percer la porte noire des ténèbres adipeuses, des voûtes résonnantes qui l'ont retenu trop longtemps au cœur de ta pensée, et cette vis sans fin le long de laquelle ta philosophie s'est échinée n’y pourra rien.

Réjouis-toi vieil homme, le crépuscule est le meilleur moment de l’âme, celui de la vérité nue dévorante.


lundi 20 octobre 2014

Un petit rien de beau- Isad


Je flaire le A et sa chaude senteur épicée.
Ce A massif qui emplit l’espace de son fumet lourd.
Il se heurte au O qui roule avec un son sourd.

Ce rond balourd lui tourne tout autour
et a l’air de se moquer de lui, pupilles dilatées
et bouche hilare ! Le E, comme toujours,
intervient, même s’il n’y aucun embryon
de vibrante querelle naissante à l’horizon.

Le E curieux s’immisce dans le moindre interstice.
Il n’est jamais muet et fait ami ami avec tout le monde.
Le A s’excuse et diffuse un apaisant parfum de pin.
Apesanteur totale sous son influence feutrée.

L’I étouffe, pense à sa liberté limitée et sort
de la pièce trop étroite qui le bride de toutes parts.
L’I déborde de pensées qu’il va crier au ciel marine.
Des étoiles lui répondent, secours astucieux.
Elles appellent l’U qui lui prête ses bras chaleureux.

L’U, seul réconfort, l’amène vers la cabine cabane.
Et c’est ainsi que naquit celui qu’on appela le Y.
Le Y au rire p
rimesautier qui fait entendre son frais
grésillement lorsque les solides conversations
granulent et deviennent un brin trop sérieuses.


Isad